L'île des égarés
L'île des égarés
Compte rendu de la séance de livre échange du 4 juin 2026
L’île des égarés - Jean-François Léger
La rencontre du 4 juin se déroule dans un format inhabituel dans le sens où nous allons discuter du roman de Jean-François Léger en présence de l’auteur. Par conséquent nos questions et nos commentaires sont prioritairement destinés à l’auteur lui-même. C’est pourquoi le format du compte rendu prend la forme d’un dialogue entre les lecteurs et lectrices de livre échange et Jean-François Léger, l’auteur.
Dans un premier temps, celui-ci se présente. Il écrit depuis douze ans. Il est pharmacien et aussi musicien. Il a réalisé des missions humanitaires. Il est aussi chef d’entreprise et autoéditeur.
Lecteur.rice.s de livre échange : Est-ce que l’île où se déroule l’histoire existe vraiment ? Et si oui, où se situe-t-elle ?
JF Léger : Non, l’île du livre n’existe pas. Je me suis inspiré de plusieurs îles, en particulier de Méditerranée. Mais il y a des marées, donc cela se situe ailleurs. Je me suis par exemple inspiré des courants entre La Rochelle et l’île de Ré. Mais également des Canaries qui ont autorisé l’installation de batteries allemandes sur leur sol pendant la seconde guerre
mondiale. Je me suis inspiré de mon expérience de marin. Ce qui était important pour moi c’était l’atmosphère. L’île est importante car elle représente un environnement fermé, où à la fois rien ne se passe mais où tout se passe. L’île appartient au lecteur, c’est lui qui va dessiner son propre espace.
Pour certains cela évoque Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary-Ann Schaffer et Annie Barrows.
Lecteur.rice.s de livre échange : Il y a un aspect historique dans ce roman. Est-ce que vous décrivez des faits réels ou des histoires issues de votre imagination ? Pour plusieurs d’entre nous cela fait penser à la seconde guerre mondiale.
JF Léger : Ce roman reste une fiction. Je me suis inspiré d’éléments historiques mais pas de faits réels à proprement parler. Aucune guerre ou aucun conflit n’est jamais cité d’ailleurs. Le lecteur projette sa propre connaissance de l’Histoire dans l’interprétation qu’il fait. Des génocides ont lieu partout dans le monde, malheureusement.
Lecteur.rice.s de livre échange : De la même façon on a beaucoup de mal à se situer dans le temps. Est-ce la période contemporaine ? Après-guerre ? Cela peut dérouter le lecteur.
JF Léger : C’est volontaire. Ce que j’aime c’est raconter une histoire intemporelle, sans espace défini. Je veux que le lecteur se laisse porter par l’histoire et imagine son propre environnement.
Lecteur.rice.s de livre échange : Le prologue est très réussi. On y trouve déjà la trame du livre, et la musique, les mouvements, les couleurs. On est déjà dans le bain du livre. Est-ce qu’en l’écrivant vous saviez déjà comment serait la fin du livre ?
JF Léger : Oui, je sais comment je commence et je sais où je veux arriver. Entre les deux il
a des étapes, et des moments où je me laisse surprendre, par une scène que je n’avais pas envisagée par exemple. Je prends des libertés dans un cadre, dans les contraintes de ma trame. Il faut trouver sa liberté dans les contraintes. J’essaye de tenir le lecteur en haleine. C’est un roman policier mais il n’y a pas de crime au début. J’ai voulu aller contre les stéréotypes du genre. Il me fallait donc trouver des rebondissements. Quand on écrit un livre, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais on peut jouer avec les codes de l’écriture, comme le faisait Beethoven en musique par exemple. J’ai envie de me faire plaisir en écrivant mais aussi de faire plaisir au lecteur.
Lecteur.rice.s de livre échange : Vous donnez un statut de supériorité au lecteur, car on en sait plus que les policiers. Et en même temps vous arrivez à nous piéger, avec le personnage de Charlie par exemple.
JF Léger : J'ai fait très, très attention à chaque fois qu’il prenait la parole, de formuler ce que le héros disait d'une façon impersonnelle. Ce n'est ni féminin, ni masculin, de façon à ce qu'on reste le plus longtemps possible dans l’incertitude. Si deux ou trois lecteurs sont tombés dans le piège, alors c’est réussi.
Lecteur.rice.s de livre échange : On s’attache aux personnages, on voudrait rester en leur compagnie plus longtemps ! On se demande comment ils vont pouvoir vivre librement alors que Charlie est recherché.
JF Léger : Écoutez, je peux vous confier quelque chose. Je n'ai réutilisé Jonathan et Charlie dans aucun des livres qui ont suivi, mais ils seront dans le prochain. J'ai envie de les faire revivre. Le seul problème, c'est qu’actuellement, je n'arrive pas à trouver le temps d’écrire ! Ce prochain livre sera également un roman policier, mais qui prendra une autre forme. J’aime faire évoluer mes personnages entre plusieurs romans.
A ce moment, Au revoir là-haut de Pierre Lemaître est cité par des participants.
Lecteur.rice.s de livre échange : Pouvez-vous nous expliquer le titre du roman ?
JF Léger : Il fallait impérativement que le mot « île » apparaisse dans le titre. Pour « les égarés », je voulais faire référence aux gens qui viennent quelque part en confiance et qui disparaissent sans laisser de trace. Mon expérience en humanitaire m’a montré que c’était
possible. Il n’y a pas de crime au début de l’histoire mais il y a un génocide à la fin. Je veux que l’on s’interroge sur les raisons pour lesquelles on laisse faire de telles choses.
Lecteur.rice.s de livre échange : Pour autant vous ne jugez pas les hommes que vous mettez en scène.
JF Léger : La justice des hommes n’est pas toujours possible ; des moments de l’Histoire nous l’ont montré. Mais la nature s’en charge parfois ! Je ne fais absolument pas d’autofiction mais le vécu vient nourrir le discours.
Lecteur.rice.s de livre échange : Il y a des moments très durs à la lecture, comme la fabrication de colle avec des os humains.
JF Léger : Malheureusement la réalité nous a montré des exemples comparables… La monstruosité semble universelle malheureusement.
Lecteur.rice.s de livre échange : Le personnage du maire est ambivalent. Il est véreux, travaille avec un homme de main, dirige l’île d’une manière inacceptable, cache les crimes,
des projets mégalos, et à la fois il a eu beaucoup d’amour pour une jeune fille qu’il a sauvée.
JF Léger : Ce personnage est devenu monstrueux au fil des années, en suivant l’exemple de son père. Son amour contrarié l’a brisé, sa rébellion n’a pas abouti et depuis il reproduit la dynastie familiale... Il n’est pas un criminel au départ mais il a pris goût au profit, à l’argent. Et il essaye d’avoir la mainmise sur ce jeune commandant. Mais au fond il aurait pu être un autre.
Lecteur.rice.s de livre échange : On apprécie l’analyse des comportements des personnages. Les policiers, mais également Mme Cadavan qui fait revivre son fils disparu. C’est un personnage qui a beaucoup ému. On assiste presque à une description « positive» du déni.
JF Léger : C’est une femme brisée. Si elle prend conscience de la disparition de son fils elle s’effondre. Le policier, lui, apporte un œil nouveau sur ce qui se passe sur l’île. C’est lui qui
met en lumière ce déni qui est compris mais tu par les habitants de l’île. La ligne de conduite de mon écriture est une enquête.
Lecteur.rice.s de livre échange : On s’est interrogé sur la crédibilité de l’affectation de Jonathan en tant que commandant sur cette île. C’est présenté comme une promotion mais nous parait plutôt une punition ! Comment avez-vous travaillé vos sources documentaires sur le sujet de la police par exemple ?
JF Léger : Je n’arpente pas les bibliothèques du monde entier. Je m’inspire de mes expériences, des endroits où je suis allé, des gens que j’ai connus. Je travaille sur Internet et je me suis renseigné sur le fonctionnement des commissariats. Mais là encore je ne cherche pas à coller à la réalité. Je veux rester dans le flou, en utilisant des termes comme "major" par exemple qui recouvre plusieurs réalités. Le terme de « commandant » également peut être ambigu.
Lecteur.rice.s de livre échange : Le personnage de Stanislas est vraiment ambigu. Au début on ne sait pas si on peut lui faire confiance. Et finalement il éclaire l’histoire de l’île. C’est une belle âme.
JF Léger : Oui, c’est un personnage important. Il représente les habitants de l’île. Il est pêcheur. Il a la mémoire de l’île, et comme c’est un ancien journaliste d’investigation il fouille les sujets. C’est un peu un sage.
Lecteur.rice.s de livre échange : Le dernier chapitre est très différent, et détonne avec le reste du roman, en apparaissant positif et romantique ! C’est déstabilisant.
JF Léger : Si vous avez été surpris c’est parfait ! J’ai éprouvé le besoin d’apporter un peu de légèreté après des sujets difficiles.
Lecteur.rice.s de livre échange : Une importance est donnée à l’art, à la fois avec le regard du portrait de la jeune fille, mais aussi par cette salle secrète remplie d’œuvres volées ou copiées, au seul bénéfice du maire.
JF Léger : Cet attrait pour l’art montre qu’un cœur palpite dans ce personnage de brute. Il a un jardin secret qui le rend plus humain. Il essaye de se trouver une vie intérieure qu’il n’a pas pu développer. Le père a volé les œuvres d’art mais le fils aime vraiment se ressourcer
et s’y intéresse vraiment. Il pourrait faire un musée mais choisit de les garder dans un bunker.
Lecteur.rice.s de livre échange : Malgré la disparition du maire, le projet du pont se poursuit. Pourquoi ?
JF Léger : je voulais montrer que, du mauvais, il pouvait émerger du bon, et que les aspects positifs d’un projet pouvaient être valorisés. Ce pont est un outil de développement pour l’île et la population. La disparition du maire n’enlève pas ce bénéfice.
Lecteur.rice.s de livre échange : Quel lecteur êtes-vous ? Avez-vous des livres à nous conseiller ?
JF Léger : Je lis de tout, des romans faciles, plus exigeants, des essais. Je ne lis pas de
roman policier trop sanglant, même si je suggère des horreurs dans mes livres.
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